Le prix de l'immateriel

Sacha s'indigne de la comparaison faite par certains entre les biens culturels et les biens industriels plus classiques. La loi DAVDSI fait un peu de bruit, les droits d'auteurs, etc... Les gens ne veulent plus payer le prix pour leur biens culturels. Tout cela est bien compliqué, et tout le monde s'agite, mais ne s'agit il pas plutot d'un problème vieux comme le monde?
Le prix à payer correspond-il bien à la valeur du bien acquis?

Peut on comparer une baguette de pain et un morceau de musique?
Il faut bien car ils sont distribués sur un marché commun, utilisant le même procedé d'echange : les devises. Comment évaluer le prix d'une baguette :

  • les matières premières
    • farine
    • eau
  • les structures de production
    • local de travail
    • machine à petrain
    • four
  • les structures de vente
    • la boulangerie
  • le travail
    • du boulanger (son temps de travail)
    • du vendeur (son temps de travail)
    • l'energie necessaire

Tous ces éléments doivent être acquittés à chaque fois qu'une baguette est produite Sur le prix final de la baguette il faut ajouter la valeur du savoir faire du boulanger et le savoir faire du vendeur qui représente sa valeur ajoutée par rapport aux éléments listés ci-dessus. Ce savoir faire est donc la marge qui va payer le boulanger. Tout ceci est simple et logique. Le fait est que ces savoir faire sont peu considérés et ont peu de valeur dans la plupart des cas.

Que se passe-t-il pour un produit culturel? La même chose, afin de produire un bien distribuable il faut acquitter les valeurs suivantes :

  • les matières premières
    • support
  • les structures de production
    • système d'enregistrement
  • les structures de ventes
    • le circuit de distribution
  • le travail
    • de l'artiste
    • des fabricants
    • des distributeurs

Il reste donc à evaluer le savoir faire de l'artiste et de toutes les personnes intervenant dans la chaine de distribution. On pourra penser que ces savoirs faire sont parfois surévalués, mais c'est l'économie de marché qui determine le prix de tous ces éléments.

Jusque là la comparaison se tient, et ne semble pas incongrue. Cependant qu'arrive-t-il lorsque le bien est dématérialisé? Il y a toujours la necessité d'un support, de diffusion ou de stockage. Dans le cas des biens immatériels ces éléments sont pris en charge par le consommateur. Le circuit de distribution, les structures de ventes sont partiellement ou totalement prises en charge par le consommateur. Il reste donc à payer, pour 'produire' le bien, le travail de l'artiste et celui du distributeur (les fournisseurs d'interface tel iTunes)
Ces différences dans la chaine de production devraient conduire à une baisse conséquente des tarifs, cependant dans les schémas de production de masse le prix des matières premières ainsi que les couts de fabrication sont réduits à l'extreme, et ne font pas partie de la majeure part du prix d'un bien culturel. Ce qui coute le plus est sans nul doute le cout du marketting et de la publicité.
La majeure partie du cout d'un bien culturel se retrouve dans des éléments qu'il faut acquitter lors de l'élaboration du produit et plus jamais ensuite.
Contrairement à un bien industriel où, à terme, le cout de fabrication surpasse largement les couts d'élaboration.
Pour les produits industriels la réduction des prix est limitée et ne survient que lors d'amélioration de productivité.
Pour les produits immatériels la réduction peut être importante et survenir à tout instant à partir du moment où les couts d'élaboration ont été acquités, de plus dans le cas de biens culturels la valeur du travail de l'artiste disparait avec le temps, lorsque l'oeuvre passe dans le domaine publique. Ce qui fait que dans le cadre de 'l'immaterialisation' il est possible de se procurer de la musique passée dans le domaine publique pour un cout nul.

De cette comparaison, la logique du paiement d'une oeuvre immatérielle est indéniable, les couts sont cependant maintenus à des niveaux indécents par la main mise des producteurs classiques de ces biens, qui devraient peut être penser à diminuer leur marges indues, afin de faciliter leur relations avec leurs clients. La simple possibilité de distribuer un bien immatériel à l'infini (contrairement à une baguette que l'on ne peut distribuer qu'une fois) devrait assurer un prix quasi nul pour le consommateur, qui acceptera de le payer, comme on accepte facilement de payer un baguette, pourvu que ce soit simple...

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