La baguette de pain immaterielle (super pour les sandwichs au thon invisible)

C'est Sacha qui m'a fait comprendre quelque chose sur le sujet des biens dématérialisés et des droits de péage associés.

C'est en rappelant la durée d'application des droits d'auteur que j'ai eu la révélation. Il n'y a pas de droits d'auteurs sur les baguettes de pain, même si le boulanger doit, pour sa part, payer des droits pour pouvoir fabriquer sa baguette selon une recette brevetée. Si j'acquiers une baguette en en payant le prix qui convient (d'après l'offre et la demande, qui donne donc la valeur des choses, y compris celle du travail des gens; c'est d'ailleurs pour cela que certains travaux pénibles sont moins bien payés que des travaux plus faciles, mais je digresse et cela pourrait faire l'objet d'un autre débat).
J'emporte donc ma baguette et j'en fait ensuite strictement ce que je veux. Je peux la manger (consommation standard attendue lorsque le vendeur me fournit le produit), mais je peux aussi la donner à quelqu'un, en partie ou entièrement, je peux la preter aussi. Il s'agit là d'usages moins habituels, mais après la vente le propriétaire de la baguette c'est moi, et il n'y rien qui limite l'usage de mon bien. A part évidemment les trucs relevant de la cruauté aux animaux, de l'incitation à la haine, meurtre, etc... Mais n'allons pas trop loin.

Le fait est que quand j'achete un bien immatériel je n'achete pas un bien au sens habituel, mais juste un droit d'usage. J'en viens à penser qu'il n'est pas possible d'acheter un bien immateriel pour un consommateur moyen. La seule possibilité est de racheter les droits d'auteurs, ce qui en général est assez exhorbitant et permet de comprendre que le marché de ces produits est bien gardé par de grosses compagnies anciennes et bien implantées qui ont tout interet à maintenir des prix élevés de peur que le commun des mortels ne s'approprie vraiment tous ces biens.

Donc je suis d'accord avec Sacha, il y a bien des différences importantes entre les biens classiques et les biens immatériels. Hélas les lois d'offre et de demande qui régissent le système donnent des résultats parfois désagréables sur les prix et ceci quelque soit le type de bien.

À partir de là, si tout le monde décide de ne plus vouloir payer pour une offre culturelle, elle deviendra gratuite.

Je pense par contre que ceci ne peut arriver dans une économie de marché telle que nous la connaissons.
Car si l'art ne s'arrete pas là où s'arrête l'argent, l'artiste lui peut très facilement s'arrêter par manque d'argent.
En effet, si le créateur d'un produit ne peut en retirer de subsistance, il devra arreter son activité (soit parcequ'il fera autre chose, soit parcequ'il mourra de faim). Mais essayons de ne pas oublier le mécénat qui permet à un artiste de vivre même quand ses oeuvres ne se vendent pas encore... Comme un producteur de musique offre de l'argent à un groupe avant de sortir un album; achetant au passage les droits d'exploitation... Ce qu'il faudrait pour que le prix devienne vraiment zéro ce n'est pas que les gens ne veuille plus payer, mais simplement que les gens ne veuille plus de ces produits du tout, alors ils seront donnés...

Quelque soit le type de développement culturel que l'on considère, il y a toujours derrière une motivation matérielle (celle de l'artiste ou de celui qui le finance), car personne ne peut vivre simplement de l'air du temps. Tous les artistes de l'histoire ont créé des oeuvres pour vivre. (attention cette dernière phrase a un double sens). Léonard de Vinci se faisait même payer des oeuvres que finalement il gardait pour lui...

Je poursuis en rappelant que le paiement de quelque chose n'est jamais indéniable, et n'est en tous cas pas toujours fonction de son coût. On ne paie pas l'école par exemple. L'école est gratuite, et pourtant elle a un coût. C'est un choix politique.

Heu, bien que je n'y aille plus je paye l'école avec mes impots (si les profs faisaient ça pour la beauté du geste je crois qu'on aurait une grave pénurie de vocation)... Mais je ne vois aucun problème à payer l'école, le choix a été de faire payer la communauté dans son ensemble et pas l'individu qui la fréquente, ce qui est une grande chance pour tous jusqu'aux plus démunis. Nous sommes dans une économie de marché, j'en suis désolé par moment, mais il y a toujours quelqu'un pour payer, a un bout ou l'autre de la chaine.

Sans exagération, je repense aux cultures orales transmises par les conteurs, les colporteurs, les anciens, qui racontent pour que les jeunes se souviennent, qui chantent entre autres pour se créer du lien commun, sans avoir à payer pour ça.

Là je pense que le conteur, était frocément utile à la conservation du savoir dans les cultures sans écritures, et était rémunéré par le respect qu'il devait avoir dans la société, plus les offrandes diverses que devait verser les gens. Encore une fois, ces offrandes pouvaient très bien être offerte sur un base volontaire, mais quand le marché s'étend (avec les progrès de la communication par exemple) certaines demandes disparaissent, et donc certaines offres avec le temps; pour preuve aujourd'hui les conteurs sont rares, ou du moins ont évolué vers les carrières de comédien ou de professeur.

Nuançons cependant : certains peuvent offrir gratuitement, pour la beauté du geste, pour la célébrité, ou en juste retour de quelque chose de reçu gratuitement on participe à l'élaboration commune (comme ça se fait pas mal dans le monde des logiciels libres); mais ceux qui se permettent ça son ceux qui peuvent car ils disposent d'autres ressources et n'ont pas besoin de gagner de l'argent sur ces créations. C'est un modèle qui a toujours existé, les gens se sont toujours rendu des services gratuitement, offert des cadeaux, etc... C'est peut être plus visible aujourd'hui, car je peux au 21ème siècle profiter d'une création distribuée gratuitement par une personne vivant à l'autre bout du monde dans un endroit dont je n'ai sans doute jamais entendu parlé. Il y aura toujours des personnes pour offrir gratuitement leur créations et leur découvertes.

Le fond du mécontentement est je crois que l'on commence à trouver que les biens culturels sont devenus pour nous des biens de consommation courante (telle la baguette) et nous commençons à les trouver un peu cher. Surtout quand on se rend compte qu'on peut les avoir pour rien en les téléchargeant, faut voir ce que ça fait sur l'opinion d'une population de s'aperçevoir que les imprimeurs et les presseurs de cds ne font qu'un travail de copie à la portée de tout occidental (ici employé au sens de : personne dont les revenus se situe dans les 20% les plus élévés en comparaison de la population mondiale) correctement équipé.
Bon, avant de copier il faut un original; donc quelqu'un pour concevoir le produit (souvent une équipe)

La vrai lutte possible contre les organismes qui tentent de policer le système induement pour garder le contrôle économique et intellectuel de la culture (j'ai nommé les grosses maisons de production et les distributeurs) est bien celle-ci : offrir de plus en plus de création gratuite pour augmenter l'offre, donc diminuer les prix globalement et étouffer économiquement ceux qui s'accrochent déséspérement à un système qui a mal vieilli. L'offre gratuite sera diffusée sur des supports toujours différents, plus nombreux, plus répendus, ainsi éliminant de fait les gros dont j'ai parlé.

Le boycott de toute oeuvre outrageusement surprotegée est une autre arme de grande excellence. Comme disait Coluche : Il suffirait que les gens arrêtent de l'acheter pour que ça se vendent pas. Je viens sans doute de citer une oeuvre copyrightée... j'espère que je n'aurai pas de problème.

Enfin bref... tout ça pour dire qu'il y en a pour qui la baguette est vraiment immatérielle, et pour ceux là la seule solution est de fabriquer son propre pain.

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