Le serment d'hypocrite

Les internes, chefs de cliniques et assistants médicaux sont en grève. J'ai pu le constaté en me rendant aujourd'hui place de la bastille, où vous pourrez croiser une foule de blouses blanches distribuant des tracts et tentant d'interpeler le citoyen responsable. La première question à se poser est pourquoi la grève et que veulent ils en échange de la reprise du travail.

La liste des raisons de la grève peut se lire ici

Essayons de comprendre tout cela. Le déclencheur de cette grève est semble-t-il le refus du gouvernement de discuter avec les jeunes médecins. (bon ça c'est pas gentil franchement) De discuter de quoi? Et bien de discuter des mesures annoncées dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Et là on sait déjà qu'on est pas sorti de l'auberge tant le problème du financement de la sécurité sociale est insoluble. Il s'agit pour les caisses d'assurance maladie, d'après ce que m'a dit le jeune interne que j'ai donc croisé dans les rues de Paris, de refuser le conventionnement des jeunes médecins s'installant dans des zones où il y a déjà assez de médecins (voire trop) Le premier argument du jeune interne (que nous appellerons Chase dans la suite de cet article) pour signifier que cette mesure lui semble inappropriée à été de me signaler que c'est en fait les malades qui paieront les frais médicaux si les médecins ne sont pas conventionnés. Je lui ai rétorqué que je payais déjà une forte somme tant les médecins parisiens n'hésitent pas à pratiquer des honoraires libres (et personnellement je suis très mal remboursé mais c'est une autre histoire). Chase me répond que dans ce cas je peux choisir mon médecin et ne voir que les médecins conventionnés. En effet je le peux. C'est d'ailleurs bien le problème si toute une génération de jeunes médecins se retrouvent déconventionnés à Paris, ils vont avoir moins de patients/clients et donc moins d'argent. A ce moment je commence à comprendre le vrai fondement de cette grève (ne nous leurrons pas, le nerf de la guerre a toujours été le même et sera toujours le même)

Alors il me vient une question idiote. Je demande à Chase qui paye pour ses études. Il me répond sans sourciller que c'est "l'état" (le tas). Je m'imagine que 15 années d'études médicales doivent couter assez cher, même si dans les dernières années l'internat permet de faire travailler un médecin presque diplomé à moindre cout. Je propose alors à mon jeune Chase de rendre en quelque sorte ce que la société (vous et moi sans oublier tout ceux qui vivent à la campagne payent leur cotisations et ne voient pas l'ombre d'un cabinet médical à l'horizon, c'est ce qu'il appelle l'état) lui a donné pendant 15 ans en s'installant à la campagne où on a besoin de lui pendant par exemple 5 ans. En échange de quoi il serait libéré de ses obligations et serait ensuite libre de s'installer où il le souhaite en étant conventionné. Cette pratique est assez courante dans divers domaine où la formation est offerte en échange d'un engagement. Contre cela Chase m'oppose un argument de choix, non lié au rentrées financières du métier médical: imaginons à 35 an un médecin qui termine ses études avec une famille et tout et tout, c'est moins facile de s'installer ailleurs. Immédiatement j'imagine l'ouvrier de 48 ans qui doit encore la moitié de sa maison et qui doit réfléchir à son avenir en hongrie ou en thailande s'il souhaite pouvoir continuer à exercer son métier suite à la délocalisation de l'usine qui l'employait, et soudain je pense que le pauvre médecin qui va être obliger de soigner des ouvriers au chômage usés par le travail d'usine va avoir une vie bien morne comparée à celle du médecin qui va devoir soigner les ulcères et autre manifestations de stress des cols blancs des grandes villes, non je rigole, en fait la médicine c'est la médicine, non? Il me semble qu'un médecin prête serment qui dit en substance : "Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire." source [wikipedia] Il se trouve que les gens vivant dans les zones sous dense demandent des soins.

Quand on y pense un médecin a en général un bon train de vie (et à Paris où je peux le constater ça devient assez exagéré même) ce train de vie il le doit à son travail qu'il peut exercer grâce à sa longue et difficile formation elle même en fait financée par le mêmes patients qui vont assurer son train de vie ultérieur. Je suis tout à fait pour la liberté d'installation des médecins, je dis juste qu'a un moment il faut peut-être voir si on a pas un peu trop tiré sur la corde.

Alternativement à l'engagement de 5 ans un jeune médecin souhaitant quand même s'installer dans une zone sur-dense comme ils disent au gouvernement tout en restant conventionné le jeune Chase pourrait reverser une partie de ses revenus jusqu'à remboursement de sa dette. L'argent ainsi récolté pourrait servir à équiper les zones sous-dense en transports médicaux, incitations financières à l'installation des jeunes médecins dans ces zones etc...

La valeur de la dette concernant les années d'études d'un médecin n'est pas nécessairement facile à évaluer, de même que le service qu'il rend à la société en prolongeant ou sauvant des vies est inestimable (ça vaut aussi pour les erreurs médicales mais bon)

Il y a d'autre idées, comme la diminution du tarif des consultations dans les zones sur-dense (d'un ou deux euros par exemple) et en contre partie l'augmentation de ces même tarifs dans les zones sous-denses, mais je crois que cela se fait déjà, et cela est évidemment sans effet sur les médecins pratiquants des honoraires libres.

Dans notre prochain épisode on pourrait aussi parler du numerus clausus.

Pour conclure je dirait qu'il ne faudrait peut être pas oublier qu'exercer la médecine ne consiste pas seulement à faire des factures (feuilles de soin pardon) dans un cabinet cossu du 8eme arrondissement, mais qu'il doit s'agir aussi d'une vocation qui consiste à aider son prochain.

Nota : Le masculin est employé dans cet article pour désigner le jeune docteur en médecine mais à en juger par la population greviste que j'ai pu observer aujourd'hui le féminin serait sans doute plus approprié

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