Hadopi : Albanel détaille la riposte

Christine Albanel, la ministre de la culture détaille au Sénat une partie des l'arsenal dont serait doté l'autorité chargée de la lutte contre le piratage si la loi Création et Internet était adoptée. Pour sa part La ministre de la culture estime que l'accès à internet à domicile n'est pas un droit à la communication fondamental comme l'estiment les députés européens. Il semble bien que le gouvernement ne souhaite pas revoir sa copie, malgré le message du parlement européen. Néanmoins Albanel déclare qu'il est possible de couper l'accès à internet sans couper le téléphone ou la télévision pour les abonnés triple play. Ceci couterait donc aux FAI. Les FAI ne sont donc pas, comme les majors de musique des amis du gouvernement, ce qui est plutot étonnant compte tenu des sommes d'argent qu'il y a à brasser chez les FAI

En substance Albanel prédit l'envoi de 10 000 messages par jour aux internautes pris en train de pirater des œuvres audiovisuelles. D'où vient ce chiffre? On ne sait. S'agit-t-il d'une estimation émanant des maisons d'édition de musique, nous savons que nous ne pouvons croire ces gens en la matière, puisqu'ils seraient prêt à déformer la vérité (et je modère mon propos) pour quelques euros. S'agit-il d'une estimation du ministère de la culture? Là encore difficile de les croire, leur compétence en matière de surveillance informatique étant à prouver. Enfin qui, et surtout de quel droit, observe le réseau pour conclure un tel chiffre?

D'autre part 1 000 décisions quotidiennes seront prises pour mettre en œuvre ce mécanisme de riposte graduée. Soit il faudra beaucoup de personnel, soit les "décisions" seront prises par des machines, comme par exemple un radar routier (l'usage de machines pour prendre les décisions est contraire aux recommandations du parlement européen qui préconise, dans ce cas d'avoir recours à une autorité judiciaire, donc à des juristes et je ne connait pas d'ordinateur juge d'instruction). Dans le cas d'un radar, la machine identifie le véhicule, et la vitesse, mais pas le conducteur, qui est pourtant celui qui commet le délit. Une amende est envoyée au propriétaire du véhicule supposé être le conducteur au moment des faits qui peut alors dire que ce n'était pas lui mais quelqu'un d'autre, s'ensuit les lourdeurs administratives et la lenteur que nous aimons tous dans ce pays.
Qu'en est-il pour ce mécanisme de surveillance que la loi Création et Internet prétend mettre en place? Ce que l'on peut savoir aisément c'est qu'un ordinateur situé chez vous, où à proximité de chez vous et utilisant le réseau Wi-Fi que vous avez laissé ouvert malencontreusement, télécharge un fichier nommé "Lorie - Greatest Hits.mp3" (si vous téléchargez vraiment ça vous méritez peut être qu'on vous coupe l'accès ceci dit). Ce que contient ce fichier est impossible à savoir, si ce n'est en le téléchargeant soit même. Donc, pour avérer que vous êtes bien en train de pirater les œuvres de Lorie il faudra que cette autorité télécharge elle-même le fichier et vérifie qu'il s'agit bien d'une œuvre protégée par des copyright.
Il faudrait également vérifier que vous n'êtes pas en train de télécharger un fichier que vous avez acheté depuis votre résidence principale vers votre lieu de villégiature pour profiter partout du produit que vous avez acheté. Enfin je rappelle que la personne qui télécharge ne peut être identifiée formellement, on a même pas la photo qu'on a avec une prise au radar sur l'autoroute, alors comment sanctionner quelqu'un dont on est pas certain de l'identité. Je savais que la justice était aveugle, mais là ils l'ont pris au sens propre.

Laissant une note sur l'avenir Albanel estime que les DRM devraient disparaitres et que l'offre audiovisuelles légales devrait s'accélérer (en effet meilleur est l'offre, moins grande est la tentation du piratage) malheureusement la loi ne prévoit rien pour pousser les éditeurs dans ce sens.

Plus j'en apprend sur cette loi et plus j'ai l'impression qu'elle est profondément déséquilibrée.

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